Immanence
Catégorie : Éditorial
Comment explorer le soi sans que la perfection dissimule le soi
nous explorons le masculin et le féminin comme deux frontières qui cessent, pour un temps, de se tenir à distance l’une de l’autre. Jason porte cette ambiguïté sans la revendiquer, elle est juste là, dans le port de tête, dans la manière dont un vêtement tombe plutôt que dans un discours.
Le stylisme ne vient pas de nulle part : chaque pièce est née du lieu lui-même, du meuble, du tissu déjà présent dans l’appartement. Rien n’a été apporté pour transformer l’espace ou la figure qui l’habite, tout est resté fidèle à ce qui existait avant que l’objectif n’arrive. C’est cette fidélité qui rend possible le jeu sur le genre : on ne costume pas Jason, on continue simplement de regarder ce qu’il est déjà.
Le décor s’efface volontairement. Pas de mise en scène, pas d’artifice. Le radiateur blanc, la chaise en métal, le parquet clair, ces éléments ne sont pas des fonds neutres par défaut : ils sont les signes d’un espace qui n’a pas encore été rangé, d’une identité qui n’a pas encore été fixée. Et c’est précisément là que réside l’élégance.
Ne pas retoucher, ne pas scénariser, c’est aussi poser un accord tacite entre le modèle, le photographe et celui qui regarde ensuite l’image : personne ne triche, chacun se tient dans la même vérité. La couleur reste dans un ton dominant doux et chaud, jamais noir et blanc par défaut, pour que l’œil distingue mieux ce qui affleure, une texture, une nuance, la question de savoir ce que nos vêtements disent de nous, et ce que notre manière de regarder dit en retour.
Ce projet a demandé plus de conversation que de photographie. Avant de faire une seule image, il fallait comprendre qui était Jason, pour que son regard sur les photos soit celui qu’on croise quand on parle longtemps avec lui.
On cherche souvent, par ego, à rendre les choses immenses. Ce projet explore le mouvement inverse : je suis moi, et c’est suffisant, parce que c’est déjà élégant, tenu, beau. La beauté naît quand on cesse d’exiger qu’elle soit spectaculaire.
L’identité, comme le décor, n’a pas besoin d’être envoutante systématiquement. Elle a seulement besoin d’être là.
Direction créative Léonard Videt. Modèle: Jason Mekadji. Styling : Vintage, Jennifer (archive), Zara. Studio : ecclem_studio